Food Trip en Suisse #2 : sur la route de l’absinthe

Voyage mystérieux en Suisse !

Après une première journée pleine de neige à la découverte de la tête de moine et de la fête de la Saint-Martin autour du cochon, embarquement à bord du petit train rouge à la gare de Saignelégier en direction de la Chaux de Fonds. Enchantée par cette traversée matinale dans un paysage blanc et désert avant la rencontre avec un druide absintheur. Vous avez bien lu : druide + absinthe.

Cette 2ème journée était entièrement consacrée à l’absinthe, cette boisson mystérieuse, controversée, et interdite de 1908 à 2005. En voiture Simone !

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DSC_0555Très belle rencontre avec Nicolas Giger, charmant et charmeur druide absinteur qui nous a raconté les anecdotes autour de cette Fée Verte. « C’était mieux quand c’était interdit » nous a-t-il plusieurs fois répété. C’est dans cette vallée du Val-de-Travers que les Suisses ont fait de la résistance pendant un siècle de prohibition. Malgré l’interdiction, ils continuaient à distiller l’absinthe secrètement dans des caves, et la cachait dans des objets à double-fond. La belle époque !

Si vous passez par le Val-de-Travers, demandez ce Nicolas Giger, le druide absintheur, car c’est vraiment un sacré personnage qui vaut le détour ! Vous verrez dans ses yeux bleus, la passion enflammée qu’il voue à l’absinthe. Et c’est très beau à voir. Vous entendrez  forcément parler de cette boisson mythique dans la région, mais n’hésitez pas aussi à la goûter ! Selon les légendes du druide, ce n’est qu’au bout de 25 verres que l’on sombre dans la folie, ça laisse de la marge n’est-ce pas ?

Il faudra attendre la fin de la visite de la distillerie d’absinthe 55° pour que l’on goûte à cette légende. Guidé par Pierre-André Stauffer, distillateur passionné et ami du druide, on y découvre les étapes de la fabrication de l’absinthe dans une maison-musée bien garnie. Il parraît, selon eux, que ce n’est pas sorcier de produire de l’absinthe : pendant une nuit, on fait macérer six plantes dans l’alcool (mélisse, fenouil, anis, hysope, petite et grande absinthe), on distille le tout, on rajoute un peu d’eau et le tour est joué !

Vient alors le moment de remplir les verres, avec la recette artisanale et secrète de cette absinthe 55° (car il existe autant d’absinthes, que de distillateurs). On y verse l’absinthe, puis l’eau de la fontaine vient troubler le mélange, autant que les esprits. On peut aussi y ajouter du sucre en le laissant fondre au dessus du verre avec la célèbre cuillère à absinthe, mais au naturel, c’était parfait : à la fois fort et subtil !

IMG_6774Visite à réserver – www.distab.ch

Déjeuner (un peu pompette) à l’Auberge des Six-Communes à Môtiers, belle bâtisse classée monument historique, qui sert une cuisine de saison avec des produits régionaux. Soupe de courge, jolie pièce d’omble chevalier saignante et rösti dorés (galette de pomme de terre typiques en Suisse) dans les assiettes, avant d’aller cuisiner l’absinthe.

L’Auberge des Six-Communes

DSC_0590Puis direction la Maison de l’Absinthe à Môtiers : c’est vraiment à faire, car pas du tout ennuyant comme peuvent l’être certains musées ! On parcourt l’histoire de l’absinthe de long en large, de son succès à sa diabolisation, avec des affiches de propagande aux murs et des témoignages vidéos de Suisses qui racontent les ruses qu’ils avaient trouvé pour cacher la boisson interdite (comme dans cette poche ventrale).

DSC_0594Il y a même un bar à absinthe, un jardin des plantes pour en découvrir plus sur celles composant la boisson hors-la-loi, et un atelier de cuisine pour réaliser des recettes à l’absinthe. C’est une maison très chouette ! D’ailleurs, fin du voyage avec le cours de cuisine pour apprendre à faire le soufflé glacé à la Fée Verte.

La Maison de l’Absinthe

IMG_6795Pour la petite histoire, un grand scandale à éclaté en 1983 autour de cette recette. Alors que François Mitterand se rend à Neuchâtel pour une visite officielle, le cuisinier du banquet lui sert ce fameux soufflé à la Fée Verte. Servir de l’absinthe à un président alors qu’elle était encore interdite à cette époque, ce n’était pas franchement l’idée du siècle ! S’en est suivi un long procès médiatisé. Devant les juges, le cuisinier révèlera qu’il ne s’agissait pas d’absinthe, mais de pastis. Du coup, le juge le condamnera coûte que coûte pour escroquerie, le nom du dessert laissant penser qu’il y avait bien de l’absinthe dedans.

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DSC_0556Un grand merci à Jura & Trois-Lacs pour cette découverte de la Suisse et de sa gastronomie ! On ne pensait pas se prendre un tel coup de coeur en pleine tête face à la gentillesse des Suisses, à leurs paysages qui dépaysent et leurs spécialités qui régalent.

Marie